Le point sur les fonctions exécutives

Que sont-elles et que faire lorsqu’elles font défaut?

Penser, réfléchir, s’organiser, s’amuser ou apprendre est fondamental dans la vie d’une personne qui aspire au bonheur et au succès. Ce dossier offre une définition des fonctions exécutives (ou contrôle cognitif), habiletés mentales essentielles pour atteindre un but et pour réfléchir sur notre façon d’apprendre et de résoudre des problèmes.
Mais qu’en est-il quand ces fonctions font défaut?

Les fonctions exécutives nous permettent de relever un défi, de résoudre un problème ou de faire face à notre environnement en changement constant. Leurs dysfonctions entraînent généralement un manque d’adaptation à la situation et l’échec de l’exécution nécessaire pour atteindre notre but. Elles peuvent avoir de nombreuses causes et être observées à tous les âges de la vie.

Les fonctions exécutives constituent l’ensemble des processus mentaux que met en œuvre une personne pour gérer ses comportements, ses pensées et ses émotions lors d’une situation nouvelle qui nécessite de résoudre un problème pour lequel nos stratégies habituelles et connues ne suffisent pas. Ce problème peut être de plusieurs sortes comme trouver la solution à un jeu, résoudre un exercice de mathématiques, assembler un meuble ou encore savoir comment se comporter lorsque l’on rencontre un nouveau collègue pour un travail en équipe. Bref, les fonctions exécutives sont en action dans toutes les situations où il est indispensable pour réussir de devoir s’arrêter, réfléchir, créer une solution originale, puis vérifier si le but est bien atteint.
Ces processus mentaux regroupent plusieurs fonctions cognitives indépendantes, mais interreliées, qui doivent agir de manières coordonnées pour permettre aux comportements d’être bien adaptés et fluides. Les fonctions exécutives influencent tous les autres processus mentaux. La répercussion de difficultés exécutives est donc multiple et tentaculaire dans tous les secteurs de la vie, scolaire, professionnelle et personnelle.

Voyons brièvement à quoi correspondent les principales fonctions exécutives citées précédemment :

La mémoire de travail

La mémoire de travail permet de maintenir active et de manipuler dans notre tête de l’information visuelle ou verbale nécessaire pour réaliser une tâche qui se déroule dans le temps. Elle est extrêmement importante et est impliquée dans la grande majorité de nos comportements. C’est elle qui nous permet de faire du calcul mental, de réactualiser mentalement notre liste d’épicerie pendant que notre chariot se remplit, de nous souvenir d’une question pendant qu’on tente de comprendre un texte ou bien que l’on cherche une solution nouvelle à un problème ressemblant à une situation connue. La mémoire de travail est fondamentale pour le développement du langage, la mise en place des apprentissages en général, la réussite académique et professionnelle ou la gestion de nos activités quotidiennes. Il existe plusieurs modèles théoriques qui décrivent la mémoire de travail. Il faut retenir qu’elle comprend une composante pour traiter les informations visuelles (ex. : images, trajets, formes, etc.), une composante pour traiter les informations auditivo-verbales (ex. : mots, chiffres, notes de musique, etc.) et une composante qui permet de gérer les éléments non pertinents et de remettre à jour régulièrement l’information que la mémoire contient. La quantité d’information que peut contenir et traiter la mémoire de travail est limitée. Lorsqu’elle a atteint son maximum et que nous continuons à faire entrer de la nouvelle information, la mémoire de travail se met à jour automatiquement et « efface » des éléments sur sa liste, donc ces derniers disparaissent de notre conscience. Cet oubli est tout à fait normal et sain, puisqu’il n’est pas nécessairement utile pour notre cerveau d’enregistrer ces informations une fois qu’elles sont traitées. Il peut par contre être problématique que ces informations soient effacées avant qu’elles n’aient fini d’être traitées. Ce problème est souvent lié à des difficultés attentionnelles et exécutives. Ainsi, si une personne est facilement distraite par son environnement ou ses pensées, il est probable que les informations qu’elle voit, entend ou auxquelles elle pense viennent prendre la place des informations qui étaient en train d’être traitées.
Il est fréquent que les difficultés de mémoire de travail soient interprétées par l’entourage comme des problèmes de mémoire. Cependant, la mémoire n’est pas en cause ici, puisque les informations en mémoire de travail n’ont pas encore été enregistrées. Lors d’un problème de mémoire, l’information est d’abord enregistrée, puis oubliée.

L’inhibition

L’inhibition ou contrôle inhibitoire est la capacité qui nous permet de résister à une forte propension à vouloir faire quelque chose pour la remplacer par ce qui est plus approprié au contexte ou pour atteindre un but futur. L’inhibition est aussi très fortement sollicitée lorsqu’il est question de devoir résister au plaisir immédiat. Elle est également associée à l’habileté d’une personne à gérer les interférences et à contrôler ses comportements. Elle peut être comprise comme le frein de notre cerveau. Elle est donc indispensable, par exemple pour ne pas se laisser distraire par les publicités sur la page de l’article de presse que nous sommes en train de lire sur notre téléphone, par le camarade qui fait tomber son étui à crayon lors d’un examen ou par le cupcake qui est prévu pour le dessert, alors que l’on met la table. Le contrôle inhibitoire est par ailleurs notre allié mental pour résister à la tentation d’une pause « média social » pendant un exercice ardu en mathématique ou de regarder d’un coup tous les épisodes d’une série captivante. Les gens qui présentent des difficultés d’inhibition vont généralement être décrits comme impulsifs.

La flexibilité mentale

La flexibilité mentale nous permet de nous ajuster au changement, de percevoir les multiples facettes d’une situation ou de concevoir quelque chose d’un angle tout à fait nouveau. Fort utile lors d’une situation de résolution de problème à l’école, elle est également notre alliée inespérée pour générer un nouveau trajet pour contourner une zone de travaux de voirie et en profiter pour passer à un magasin où nous avions prévu d’aller prochainement. À l’école, l’élève doit faire preuve de flexibilité lorsqu’il doit changer de démarche face à une erreur de raisonnement, lorsqu’il doit créer un nouveau projet en art plastique ou encore trouver une solution à un conflit avec un camarade. Le manque de flexibilité entraîne souvent des comportements rigides, une difficulté à comprendre le point de vue des autres, un découragement face aux aléas de la vie ou des bris de règles dans des jeux.

La planification

La planification nous permet de nous organiser et d’établir l’ordre des étapes à suivre dans le temps pour arriver à notre but. Il va sans dire que pour parvenir adéquatement à mettre en œuvre une planification efficace, comme pour réaliser une nouvelle recette de cuisine alléchante ou une démarche pour répondre à un problème de mathématique complexe, il faut pouvoir recruter les trois processus mentaux cités précédemment, tout en ajoutant l’anticipation du but à atteindre, la stratégie à privilégier, puis l’exécution. La cuisine peut ressembler à un champ de bataille après la réalisation d’un gâteau aux bananes (qui peut ne pas lever parce que la levure a été mise au mauvais moment), un texte peut manquer de logique parce que les arguments sont mal organisés ou une séance de magasinage peut être bien trop longue à cause des allers-retours effectués à travers un centre commercial. Les personnes ayant des difficultés de planification sont souvent décrites comme désorganisées.

Les difficultés exécutives ne sont pas officiellement classées selon une typologie spécifique. Elles varient selon la nature et la sévérité des processus mentaux touchés. Lorsque les atteintes des fonctions exécutives sont sévères (atteintes concomitantes de l’attention, la mémoire de travail et l’inhibition), on utilise souvent le terme « syndrome dysexécutif » ou « syndrome frontal ».

Il est particulièrement difficile de statuer sur la prévalence de dysfonctions exécutives, puisqu’il ne s’agit pas d’un diagnostic, mais bien d’un profil neuropsychologique. Les études qui cherchent à quantifier la proportion de la population qui présente les manifestations associées aux atteintes des fonctions exécutives vont comptabiliser les cas de troubles circonscrits, comme le TDAH, dont la prévalence est autour de 5 %.

En pédiatrie, ces manifestations sont fréquemment associées au trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), puisque les symptômes comportementaux associés à ce trouble renvoient typiquement à des difficultés exécutives comme la distractivité, l’impulsivité ou les oublis. En revanche, ces manifestations sont aussi retrouvées dans les autres troubles neurodéveloppementaux comme le syndrome de Gilles de la Tourette ou dans les troubles du spectre de l’alcoolisation foetale. Chez l’adulte, des dysfonctions exécutives sont quasi systématiques lors d’atteintes neurologiques acquises (accident vasculaire cérébral, traumatisme crânien, etc.) et sont aussi présentes chez les adultes présentant certains troubles mentaux (par ex. : schizophrénie).

Ces dysfonctions peuvent apparaître au cours du développement (associées à un trouble neurodéveloppemental comme le TDAH ou les troubles d’apprentissages), à la suite d’un accident ou d’une condition médicale qui touche le cerveau (AVC, tumeur, épilepsie, etc.), dans le contexte d’une maladie mentale (par ex. : schizophrénie, dépression majeure) ou lors du vieillissement pathologique (certaines démences par exemple). Les causes pourraient aussi être environnementales comme la consommation d’alcool durant la grossesse, la maltraitance ou le manque de pratique d’une activité dans un environnement qui ne favorise pas le développement de l’autonomie.

ÉVALUATION, RÉÉDUCATION ET PISTES DE SOLUTIONS POUR DÉVELOPPER LES FONCTIONS EXÉCUTIVES :


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Qui peut évaluer les dysfonctions exécutives?

Au Québec, seuls les médecins et les psychologues ayant une attestation pour l’évaluation des troubles neuropsychologiques délivrée par l’Ordre des psychologues du Québec sont autorisés à évaluer les fonctions exécutives et leurs atteintes dans un but diagnostic. Il va sans dire que tous les neuropsychologues répondent à ce critère. D’autres catégories de professionnels oeuvrant dans le domaine de la santé ou de l’éducation peuvent identifier des manifestations suggérant des difficultés exécutives (ex. : manque d’attention, impulsivité, oubli, désorganisation, etc.) et recommander une évaluation en neuropsychologie.

• Qui peut se charger de la rééducation?

Selon l’âge de la personne ayant des difficultés exécutives et les domaines dans lesquels se retrouvent les atteintes fonctionnelles principales, les neuropsychologues, les psychologues, les ergothérapeutes, les orthophonistes ou les orthopédagogues peuvent entreprendre de la rééducation. Il importe de comprendre que les cas les plus sévères, avec la présence d’un syndrome dysexécutif, sont particulièrement résistants à l’intervention et que souvent les améliorations ont tendance à se restreindre aux tâches entraînées lors de la rééducation. Autrement dit, les améliorations dans une fonction exécutive ne se généralisent habituellement pas à d’autres situations de la vie quotidienne.

• Ce que les parents et les enseignants peuvent faire

La bonne nouvelle est que les fonctions exécutives se développent naturellement quand l’enfant bénéficie d’un environnement familial et scolaire chaleureux et encadrant et également lorsqu’il joue avec d’autres enfants et qu’il apprend à déployer des comportements qui favorisent les jeux coopératifs dans la joie et la bonne humeur! Lorsque ce développement est moins aisé, il est alors conseillé aux parents d’aider leur enfant à devenir plus patient, à mieux organiser ses affaires ou son horaire ou d’ajuster leurs attentes à ce que l’enfant est réellement capable de faire, puis d’augmenter très progressivement les défis pour le jeune. Ils peuvent aussi montrer simplement et explicitement à leur enfant quoi faire, faire des listes ou des schémas pour soutenir leur exécution. Il est également possible de modifier l’environnement pour le rendre moins complexe et moins susceptible d’entraîner un débordement. Un sport qui demande de développer un contrôle de soi dans un contexte bienveillant et encadré, comme le taekwondo ou le cirque, est aussi en environnement favorable au développement optimal des fonctions exécutives.

Voici quelques exemples de difficultés exécutives avec des pistes de solutions :

 Piste d'aide et de solutions pour les dysfonctions exécutives

SUGGESTION DE LECTURES

Comment survivre aux devoirs de Josiane Caron Santa (2015)

Champion de l’organisation de Janet S. Fox (2013)

Guide de survie pour les enfants vivant avec un TDAH de John Taylor (2012)

Fred : vivre avec le TDAH à l’adolescence d’Ariane Leroux-Boudreault (2015)

100 idées pour mieux gérer les troubles de l’attention de Francine Lussier (2013)

Neuropsychologie et stratégies d’apprentissage : concrètement, que faire? de Rémi Samier et Sylvie Jacques (2019)

RÉFÉRENCES SCIENTIFIQUES
Le syndrome dysexécutif chez l’enfant et l’adolescent d’Alain Moret et Michèle Mazeau (2013)

Executive functions and the frontal lobe: a lifespan perspective d’Ed. V. Anderson (2008)

Executive functions d’Adele Diamond, Annu Rev Psychol, 2013 (64)

Diamond, A. Activities and programs that improve children’s executive functions, Curr Dir Psychol Sci. 2012; 21 (5)


Les formations de l’Institut TA

FORMATION #55.1

LES FONCTIONS EXÉCUTIVES AU CŒUR DE L’APPRENTISSAGE

Objectif : Comprendre le rôle des fonctions exécutives et les prendre en compte dans les interventions réalisées auprès des élèves au quotidien

FORMATION #61.1

MÉTACOGNITION ET FONCTIONS EXÉCUTIVES

Objectif : Définir la notion de métacognition et présenter les stratégies qui permettent de soutenir les fonctions exécutives afin de favoriser les apprentissages

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DOSSIER RÉDIGÉ PAR ÉLISABETH PERREAU-LINCK
Ph. D.  neuropsychologue

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