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Soirée-bénéfice annuelle – Édition 2018

Qu’est ce que la dysorthographie ?

Qu’est ce que la dysorthographie ?

La dysorthographie est le trouble spécifique de l’écriture. Comme la dyslexie, il apparaît chez l’enfant dès l’apprentissage de cette habileté. Il est d’origine neurologique et héréditaire, et donc permanent. Ainsi, la dysorthographie n’est pas causée par des carences culturelles ou scolaires, ni par des problèmes affectifs, ni encore par des déficits intellectuels ou sensoriels.

Puisque « l’écriture est un processus multidimensionnel, le trouble de l’écriture est celui qui pose le plus de problèmes de définition. Au centre d’un trouble de l’expression écrite se trouve une compétence très réduite dans l’organisation et la présentation de l’information à travers l’écriture, comparée à une compétence plus élevée à organiser et présenter l’information oralement(1). »

De plus, « écrire est généralement plus difficile que lire(2) ». En effet, puisque l’écriture est la représentation de la langue parlée au moyen de signes graphiques, ce code de communication, plus abstrait que le code oral, nécessite une parfaite maîtrise du langage, du maniement des mots et de la syntaxe.

En lecture, les signes (lettres) sont écrits, concrets, permanents et (relativement) faciles à définir quant à leurs caractéristiques physiques. En revanche, en pro- duction, les configurations sonores de départ sont moins concrètes, donc sans doute plus difficiles à isoler, discriminer et identifier. En général, la lecture va d’un nombre donné de lettres à un nombre plus limité de sons. L’écriture présente le plus souvent une tendance inverse, allant d’un nombre limité de sons vers un nombre plus élevé de suites graphiques. Il s’ensuit qu’il existe des homophones plus ou moins nombreux selon le système orthographique qui induisent des difficultés de détermination des configurations des mots orthographiques. La prononciation présente et tolère une grande variabilité, à la fois individuelle et dialectale. Ses variations passent le plus souvent inaperçues et sont acceptées sans problème. En revanche, l’orthographe actuelle ne supporte pas la variation : elle est rigide et repose sur une norme sociale valorisée(3).

Dans la littérature sur les troubles de l’écriture, il est plus souvent question de dysorthographie que de dyslexie. La dysorthographie est un trouble spécifique de l’orthographe, qui accompagne souvent la dyslexie. Le dysfonctionnement cognitif à la base des deux troubles est probablement commun. Dans la dysorthographie, l’orthographe des mots est très déficitaire.

L’acquisition de l’orthographe constitue pour l’enfant un des domaines d’apprentissage les plus complexes, qui requiert des compétences multiples. Ces efforts constituent une surcharge cognitive, donc un surcroît de dépense dans le traitement des informations et des stratégies à mettre en œuvre. En effet, orthographier exige toujours un certain niveau d’attention, notamment pour s’adapter aux exigences d’un texte.
Le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux publié par l’American Psychiatric Association(4) préconise de ne pas porter un diagnostic de « trouble de l’expression écrite » en présence de fautes d’orthographe uniquement. Il précise qu’on doit pouvoir observer « un mélange de difficultés touchant les capacités du sujet à composer des textes écrits, objectivées par des erreurs de grammaire ou de ponctuation au sein des phrases, par une mauvaise construction des paragraphes, de nombreuses fautes d’orthographe et une très mauvaise écriture5 ».

La langue française est particulièrement difficile pour des élèves dysorthographiques. En effet, le seul recours aux règles de conversion phonème-graphème ne permet d’écrire qu’environ
50 % des mots en français6 ; on peut donc considérer que la maîtrise de l’orthographe
sollicite des ressources cognitives considérables. Effectivement, dans la langue française, chaque signe ou groupe de signes (graphèmes) représente un son (phonème), mais on note d’emblée des exceptions à ce principe, comme des lettres muettes et des inconsistances ; par exemple, un même son (o) peut être représenté par des graphies différentes (au, eau, ot).

Par ailleurs, beaucoup d’enfants connaissent les règles d’accord, mais ne peuvent les appliquer parce qu’ils ne possèdent pas les structures d’opérationnalisation. Ces structures doivent venir automatiquement à l’esprit comme une « mélopée ». « Ce discours doit, dans un premier temps, accompagner l’écriture. Lorsqu’un sujet a acquis les règles, l’opérationnalisation se fait très rapidement. Restera toujours que ce travail doit être répété un certain temps si l’on veut “automatiser” la pratique…7 »

Pour une personne dysorthographique, ces ressources cognitives sont bien sûr limitées et, compte tenu de ses capacités réduites à traiter et à manipuler les informations en même temps, lorsque celles-ci sont trop nombreuses ou importantes, elles provoquent une surcharge cognitive.

D’ailleurs, le processus de formulation serait le plus gourmand en ressources cognitives. En effet, le sujet s’interroge constamment sur ce qu’il va dire, il se demande pourquoi il va le dire et comment il serait possible de traduire telle idée en mots, en phrases. Le contrôle (la révision) est lui aussi un grand consommateur de ressources cognitives, en raison principalement du rôle important qu’y joue la lecture.

Références :

1. W.G. KRONENBERG et D.W. DUNN, « Learning disorders », dans Neurol. Clin. Review, novembre 2003, numéro 21, p. 941-952.
2. A.M.T. BOSMAN et , G.T. VAN ORDEN, « Why spelling is more difficult than reading », dans C. A. Perfetti, L. Rieben et M. Fayol (éditeurs), Learning to spell, Hillsdale, Erlbaum, p. 173-194.
3. Béatrice POTHIER, Comment les enfants apprennent l’orthographe, Paris, Retz, 1998, p. 274.